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Communiqué : soutien à l’ExisTransInter et à l’autonomie pour toutes et tous

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L’ExisTransInter est une manifestation annuelle, « la marche des personnes trans et intersexes et de celles et ceux qui les soutiennent. En ce 14 mai 2022 à Paris, son mot d’ordre est “On vise l’autonomie pas la Survie ! “ dans un contexte d’élections présidentielles et législatives où des candidat.e.s menacent les droits des personnes trans et intersexes.
CLE Autistes défend une approche systémique, prenant en compte la diversité des situations et des besoins dans la communauté autiste. Nous sommes solidaires de toutes les luttes et de toutes les revendications des populations voulant s’auto-représenter par elles et pour elles-mêmes.

Les personnes autistes sont plus nombreuses à être trans

De facto, il y a une forte représentation de personnes trans chez les personnes autistes.   Historiquement la communauté autiste et le mouvement de la neurodiversité ont été développés par des personnes trans et intersexes. Jim Sinclair est une personne intersexe qui a posé les bases intellectuelles du mouvement en 1993 avec son texte historique “Ne nous pleurez pas” instaurant l’identité d’abord pour décrire les personnes autistes. Il rompait avec le modèle pathologisant et validiste des associations de parents, parlant de l’autisme comme une condition horrible séparée de l’enfant et cachant un “vrai enfant”. 

Max Sparrow est un homme trans autiste et un théoricien de la communauté autiste, il a écrit notamment une anthologie sur les expériences des personnes autistes et trans. (Spectrums, autistic transgender people in their own words, 2020).

Historiquement, la principale association militante autiste anglaise “Aspies for freedom “ en 2004 a été co-fondée par la militante Gwen Nelson, se définissant comme une femme trans gay autiste.  En rassemblant plus de 20 000 membres en 2007, Aspie for Freedoms a impulsé la lutte au Royaume Uni contre le dépistage prénatal de l’autisme, pour la reconnaissance des personnes autistes comme une minorité culturelle auprès de l’ONU. Nous lui devons la journée des fiertés autistes le 18 juin.

Une lutte pour l’autonomie

Le slogan de l’ExisTransInter 2022 résonne avec le mouvement des personnes autistes : le but est de créer une communauté d’expérience et des luttes communes contre le système capitaliste, hétéropatriarcal, raciste et validiste. Cette volonté d’autonomie signifie concrètement reprendre le pouvoir et le contrôle sur nos vies, cela inclut la dépsychiatrisation ainsi que la vie autonome.

Comme le souligne Jesse Meadows et Dr Devon Price (“Unmasking Autism”, Dr Devon Price, 2020), personnes trans neurodivergentes, le mouvement de la neurodiversité est la reconnaissance de tous nos combats communs pour lutter contre toute forme de normalité définie et imposée : normalité de genre, de capacité, de sexualité, de culture et d’origine, de citoyenneté, de perspectives… pour une libération collective. 

“Je ne suis pas neurodivergent.e parce que j’ai un cerveau spécial et « câblé différemment”. Je suis neurodivergent.e parce que ma manière d’être a été stigmatisé.e, puni.e et étiqueté.e « anormale ». Ma réponse au stress “compréhensible” engendre une pathologisation appelée un “trouble” ou une “maladie”. C’est une catégorie sociale et politique pour moi, pas une catégorie biologique”.

Jesse Meadow

La transidentité et l’autisme ont été pathologisés

Ces identités sont et étaient vues comme des maladies psychiatriques à soigner. Cela conduit à l’enfermement des personnes via les hôpitaux psychiatriques, l’institutionnalisation, la mort ou l’emprisonnement. Cela touche d’autant plus les autistes et queers/trans, autistes et femmes, autistes et racisé.es. Les transitions sont empêchées à cause de la pathologisation de l’autisme et de tous les troubles psys parce que la dépsychiatrisation doit concerner tout le monde et pas seulement le genre. 

Le complexe médico-social et psychiatrique impose un parcours de vie, des normes de genre et de validité et peut refuser la transition des personnes autistes.

Historiquement ce sont des méthodes comportementales et de ABA qui ont généré les thérapies de conversion. Ole Ivar Løvaas est le créateur de méthodes issues de l’Applied Behaviour Analysis (ABA) et a commencé sa carrière en 1962 il commence les essais de modification du comportement dans une clinique pour autiste basé sur un système de récompenses et de punitions (choc électriques, gifles). En 1974 avec l’aide du psychologue George Rekers, ils publient une étude sur la modification des comportements des enfants efféminés de sexe masculin pour prévenir l’homosexualité et les perturbation du genre. Aujourd’hui ces traitements sont toujours appliqués sur les autistes et sont normalisés par les instances médicales et scientifiques (Haute Autorité de Santé – HAS) et la psychiatrie. A l’heure de l’interdiction des thérapies de conversion les personnes autistes ne sont pas concernées. Et comment ce sera interprété par la prise en charge en cas de transidentité?


Il est impératif de lutter pour la dépsychiatrisation intégrale pour permettre la libération de tous et toutes. Sinon la transidentité restera pathologisée pour une catégorie de personnes : les personnes fols et neurodivergentes.

Nos expériences, nos vécus se rejoignent et s’entrecroisent

Nous sommes face aux mêmes problématiques : l’exclusion, la nécessité de passer pour “normal”, ou encore notre relation à la famille et la communauté plus ou moins complexes. Les militants autistes ont historiquement extrait l’autisme de l’institution familiale pour faire de l’autisme une situation politique d’oppression.
Ce système crée des catégories sociales et politiques injustes (de genre, de race, de classe, de handicap), basées sur des facteurs individuels et biologiques pour faire reposer la responsabilité sur les individus concernés.

L’histoire de l’ExistransInter rejoint la nôtre : parce que les trans étaient exclus des mouvements LGBT+ la marche ExisTransInter a pour volonté de créer un espace où les personnes historiquement exclues et marginalisées peuvent être présentes :  y compris les personnes trans-autistes, trans-handies, trans racisées…

En nous joignant à la marche ExisTransInter et soutenant le fait que cette marche doit améliorer son accessibilité pour les personnes autistes et neurodivergentes :  nous souhaitons nous inscrire dans cette histoire, construire la solidarité et l’acceptation radicale des différences qui sont nécessaires à la lutte contre le système capitaliste qui exclut, exploite, marginalise les personnes trans, handis, racisées etc. 

Nous nous battons pour l’autonomie et les droits à vivre de chacun.e, pour la fin des discriminations scolaire, à l’emploi, aux aides sociales, à l’accès au système de santé. Cela touche la majorité des membres de nos communautés et ils se voient trop souvent privés de leurs droits humains, leur droit de choisir une identité, un parcours professionnel, un parcours médical et leur propre avenir. 

Vers l’accessibilité et une lutte trans antivalidiste et antipsychiatrie

Depuis 2020 et à l’avenir, nous revendiquons l’accessibilité et la prise en compte de nos revendications avec les luttes LGBT+ pour construire des espaces de jonction et de convergence de luttes. Pour cela, il faut mettre en commun les ressources et les développer avec la création de réseaux et de liens, de supports matériels (exemple : notre action à la Pride radicale 2020 et 2021, Le guide d’accessibilité des Dévalideuses et de la Marginale à Lyon, les actions de HandiDivergence à Lille ) et avec des espaces communautaires de discussion.

Pour une lutte trans et intersexe, pour une lutte LGBT+ qui soit antivalidiste et antipsychiatrie pour une libération collective. 

Information sur la marche ExisTransInter : https://existrans.org/ 

Par le pôle communication de CLE Autistes et par les personnes autistes trans de son espace non-mixte dédié.

Sources utilisées :

Sur la diversité de genre au sein de l’autisme: https://www.spectrumnews.org/features/deep-dive/living-between-genders/

https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-981-13-8437-0_2 : histoire de Jim Sinclair et son rôle dans la neurodiversité avec son texte fondateur « Don’t Mourn for us ».

Histoire de l’ExisTransInter et personnes autistes trans : https://podcast.ausha.co/la-fievre-annonce/le-feuilleton-des-luttes-saison-3-episode-3-karine-espineira-et-maud-yeuse-thomas-partie-1/

https://archiveslgbtqi.fr/wp-content/uploads/2021/12/Transcription_Karine-Espineira_Maud-Yeuse-Thomas_Partie-1.pdf 

Max Sparrow livre et anthologie « Spectrum »2020 : https://www.amazon.com/Spectrums-Autistic-Transgender-People-Their/dp/1787750140 

Jess Meadows : texte contre la neurodiversité biologique et individualiste https://sluggish.substack.com/p/against-the-typical-vs-divergent?s=r

Unmasking Autism, Dr Devon Price, 2020 https://www.abebooks.fr/Unmasking-Autism-Price-Devon-Monoray/31163503269/

Sur l’histoire de ABA et son lien avec les thérapies de conversion queer : Disturbing Behaviours: Ole Ivar Lovaas and the Queer History of Autism Science https://catalystjournal.org/index.php/catalyst/article/view/29579